Il n’est jamais là où on l’attend, lui qui nie être un «écrivain voyageur». Pour le suivre dans son œuvre, qui s’enrichit du «Traquet kurde», vite! Une boussole, et quatre points cardinaux.
Jean Rolin n’a pas attendu que le CNRS tire la sonnette d’alarme, le 20 mars, sur la disparition massive des oiseaux des campagnes françaises pour cultiver la passion des volatiles. Ni pour estimer que leurs pépiements, le trajet de leurs migrations, et plus généralement leur sort, nous parlent de nous. Cet hiver, l’écrivain a ainsi publié Le Traquet kurde, récit sur les traces de cette espèce venue, comme son nom l’indique, du Kurdistan, dont un spécimen fut aperçu et identifié dans le Massif central au printemps 2015, quelques semaines après la bataille de Kobané, ville d’où les troupes kurdes du PKK repoussèrent les forces de l’organisation Etat islamique. Il est question d’ornithologie, mais aussi de Moyen-Orient et d’espions britanniques (parmi beaucoup d’autres choses) dans ce court roman aux phrases merveilleusement sinueuses, qui nous entraîne de l’Auvergne aux abords de Mossoul, en passant par Dakar et Ouessant. L’occasion d’évoquer avec Jean Rolin quelques sujets et motifs récurrents de son œuvre admirable, toute en circonspection ironique, digressions et mélancolie.